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Young Researchers

Dr Claude Mirodatos

Dr Claude Mirodatos, “Directeur de recherche” at the Institut de recherches sur la catalyse et l’environnement de Lyon and organiser of the NGCS9 event.

NGCS9
Interviewed by Aurélie Abad &Ana Valcarcel – ALMA
(Proofreading: Sandrine Lebigre –ALMA)

 

ALMA : Le NGCS9 a réuni à Lyon les plus grands spécialistes mondiaux dans les domaines de la production et de l’utilisation du gaz de synthèse. Ce congrès permet de partager et d’échanger les dernières tendances en termes de développements R&D sur ces thématiques. Le nombre d’intervenants et de participants atteste de l’importance de cet évènement.
A votre avis, pourquoi croyez-vous que ce secteur de la recherche en particulier suscite un vaste engouement de la part de la communauté scientifique ?

 

Claude Mirodatos : A l’ origine cette série de conférences, NGCS ou « Natural Gas Convertion Symposium », était dédiée essentiellement à la valorisation du gaz naturel. Le gaz naturel (essentiellement du méthane et des hydrocarbures légers) doit être vu comme une source d'énergie transitoire entre le pétrole, dont les ressources déclinent plus rapidement que celles du gaz, et d’autres formes d’énergie qui sont à prévoir pour les décennies à venir. A partir du gaz naturel nous pouvons reconstituer toutes les molécules que l’on souhaite comme synthons de la chimie organique de synthèse, y compris des carburants propres parfaitement adaptés aux normes environnementales. Cette évolution progressive des énergies chimiques fossiles vers les énergies chimiques renouvelables implique généralement un passage par le gaz dit de "synthèse" (principalement monoxyde de carbone et hydrogène), à partir duquel nous pourrions selon les besoins futurs resynthétiser du gaz naturel à partir de ressources renouvelables (par exemple la bio-masse ligno-cellulosique).
Ces problématiques expliquent un tel engouement autour de ce symposium dans la mesure où, à la fois il correspond aux ressources énormes de gaz naturel fossile, avec en même temps une extension vers de nouvelles ressources renouvelables.
A notre initiative, le congrès NGCS s’appelle désormais, « Novel Gas Conversion Symposium ».

 

A : Donc le congrès a évolué  en même temps que le sujet…

 

C.M : Exactement. Par ailleurs, la candidature de Lyon a été retenue non seulement grâce à la grande concentration régionale d’industries gazières et pétrolières, mais aussi  à la forte recherche universitaire dans le domaine sur place.

 

A : Dans les années à venir, quelles seront selon vous les prochaines grandes étapes de la catalyse, pour la catalyse ?

 

C.M : Au sein du CNRS, il existe un comité national, regroupant tous les instituts du CNRS, dont une fonction, outre l'évaluation des chercheurs, est de faire de la prospective sur l'évolution des différents champs de la science. Cette prospective implique un croisement interdisciplinaire autour des grands enjeux du futur, dont celui de l'énergie. Dans cette thématique, c’est la question de la substitution progressive des énergies fossiles par les énergie renouvelables qui nous intéresse (cf actuellement 5% de notre carburant est d'origine renouvelable, par exemple les addififs d'alcools, pour augmenter jusqu'à 10-20% en 2020-2030). Cependant, de mon point de vue, l’utilisation plus importante des bio-ressources n’est pas une solution stable (notamment du fait de différents problèmes comme la disponibilité des ressources, leur transport, la compétition avec les bioressources consacrées à l'alimentation, les bio-rejets etc,). La recherche sur la catalyse doit essentiellement s’inscrire dans l’amélioration des modes de production  (plus sélective, moins coûteuse et moins dangereuse). Nous devons rendre ainsi plus "verts" les procédés existants d'une part en ce qui concerne les ressources mobilisées mais aussi les modes de transformation chimique mis en jeu. En résumé la catalyse mise en pratique dans les grands procédés de la chimie de base ne pose plus de problèmes majeurs à résoudre. En revanche, ce sont les nouvelles normes environnementales, issues de l’augmentation des gaz à effet de serre et la pénurie de ressources énergétiques qui redonnent à la catalyse un avenir radieux.

 

A : Ces nouvelles normes, ces nouveaux besoins, cette projection dans le futur ont apporté finalement un nouveau souffle ?

 

C.M : Exactement. D’ailleurs, nous le voyons bien lors de ce congrès NGCS 9 qui concerne pour large part cette chimie de base et des procédés lourds. L’intensification des procédés (compacité, plus grande sécurité, gains énergétiques et meilleure gestion des déchets) est une des clés récurrentes que nous retrouvons dans les sujets traités et les appels à projets (nationaux et internationaux) qui sont liés à tout cela.

 

A : Justement, en parlant des appels à projets, selon vous quelle est votre opinion sur le développement et le support de ce secteur de la recherche au sein du système FP7 ?

 

Depuis 5-6 ans on assiste à une explosion à la fois des thématiques et surtout des modes de montage des projets et de leur financement, dont la conséquence est un pourcentage d’échec accru par rapport aux demandes formulées. J'ai donc en ce qui concerne cet aspect de la question un avis plutôt mitigé, avec l’impression que les critères sont plus difficiles à anticiper et donc les déconvenues plus importantes.

 

A : On a parlé de votre implication au sein de projets, vous avez cité notamment le projet européen TOPCOMBI, IP du FP6. Vous bénéficiez d’une expérience significative au sein des projets collaboratifs, vous avez été coordinateur de COMBICAT, TOPCOMBI et actuellement partenaire d’autres projets en cours comme OCMOL. Est-ce que vous pourriez nous résumer en quelques phrases pour vous les avantages, s’il y en a encore, à participer aux projets collaboratifs européens ?

 

En dehors des critiques formulées précédemment sur la manière d’accéder à ces projets, je reste un fervent partisan de ces projets européens, principalement pour leur durée. Il n’est pas rare de voir un projet durer 5 ans, ce qui nous permet d’aborder des nouvelles thématiques sur lesquelles nous n’étions pas à la pointe en termes d’équipement, de conceptualisation et d’investissement intellectuel dans le secteur. Une durée de 5 années permet une rentabilisation authentique de ces efforts car il s'agit d'investissements lourds tant financiers qu’intellectuels. Le temps de se former à une thématique pour devenir un spécialiste, au niveau européen voire mondial, et bien cela ne se fait pas en un claquement de doigts ! Il serait vraiment regrettable que ces projets de longue durée [européens] deviennent si peu accessibles, que l’on retombe vers un cycle de projets de durée plus courte.

 

A : Pour vous, le système européen est valable moins sur l’accessibilité que sur la conduite de ces projets…

 

C.M. : Tout à fait. Notamment par la diversité des partenariats : le fait d’avoir réunis de larges industries, des PME ainsi que des partenaires académiques est une chance unique de collaborations fructueuses. Pour vous donner une image, lorsque l’on a terminé la dernière réunion du projet TOPCOMBI (FP6), en présence de la commission européenne et des experts évaluateurs, c’était un petit peu comme si une famille se séparait. Il y avait vraiment un sentiment d’avoir passé ensemble 5 années hautement productives, avec au-delà de la science qui s’y est fait, des relations personnelles proches de l’amitié. Sans ignorer certains aspects de gestion parfois délicats, la souplesse possible en terme de réorientation en cours de projet ainsi que la qualité et l'écoute constructive du "Project Officer" de la Commission en charge du projet ont compté beaucoup pour sa réussite. Voici pour les aspects très positifs des projets européens.

 

A : On s’associe pour tendre vers un objectif, en tous cas au niveau Européen…
Dernière question. On a parlé de l’optimisation de ces projets européens dans le cadre de ces partenariats. On aurait aimé faire un petit focus sur les activités de dissémination qui, sont encouragées par la CE. Notamment, comme on l’a vu par notre Project Officer, dans le cadre du projet OCMOL s’entend. Si on en revient à OCMOL, ce projet a participé au NGCS9 de même que le projet  NEXTGTL. Quels sont selon vous les avantages à participer à ce type d’événement majeur, dans le cadre des projets?

 

C.M. : Il me semble très positif de profiter de ces congrès internationaux organisés en Europe pour justement informer et promouvoir les politiques européennes sur une thématique donnée. On trouve également la présence d’éditeurs, permettant ainsi d'envisager une dissimination efficace de la production scientifique du congrès. Dans cet esprit, on pourrait également envisager la parution d’un hand-book pour le projet OCMOL de la même manière que pour TOPCOMBI. C'est-à-dire, de produire un livre de référence regroupant un certain nombre d’articles produits par le consortium sur la thématique. Cette démarche devrait être envisagée en fin de projet, mais avant sa date de clôture pour l'éligibilité des coûts associés!

 

A : Est-ce qu’éventuellement vous avez un mot de la fin ? Une remarque, pour clore l’entretien ?

 

C.M : Pour conclure je dirais que la recherche dans le vaste domaine de la catalyse a de beaux jours devant elle; mais en même temps, comme toutes les recherches fondamentales et appliquées, elle se trouve confrontée à des problèmes de plus en plus sérieux dans ses modes de financement. Cet aspect déterminant va requérir une plus grande vigilance de la part de la nouvelle génération des chercheurs concernés. Il lui faudra consacrer une part croissante de leur temps à la gestion de la recherche. Un passage obligé semble la collaboration avec des institutions de type consultance, dont l'aide précieuse au montage et à la gestion des projets permet de se décharger le plus possible de cet effort sans amoindrir le potentiel de recherche des éléments les plus dynamiques d’un laboratoire.


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